Le mariage et la sacralité : entre traditions ancestrales et devoirs religieux au Togo
Le mariage est souvent perçu comme bien plus qu'une simple union civile. De religion différente, nous sommes très pratiquants, et pour beaucoup, cette union s'inscrit dans une dimension spirituelle profonde. Nous avons grandi avec l’idée que le mariage était un sacrement incontournable pour deux personnes qui souhaitent s’engager l’une envers l’autre.
La sacralité du pouvoir et des traditions en pays Evhé
Au Togo, cette notion de sacré imprègne l'histoire et les structures sociales. Les Evhé se sentent en effet entourés par une multitude de puissances qui achèvent de déterminer le devenir du monde de la vie sur terre. Dans cette culture, tout pouvoir est lié à leurs yeux aux sources du sacré et ne se légitime qu’en se donnant pour sacré.
La figure rituelle du prêtre-roi
Une illustration frappante de ce lien spirituel est celle du prêtre-roi des Evhé du Sud-Togo. Le grand-prêtre du dieu Nyigblê vit confiné dans une forêt sacrée, en compagnie d'une promotion de jeunes épouses rituelles. Sa vie est régie par des règles strictes : sa fonction essentielle n'est pas de commander mais de prier. Il est avant tout le symbole d'une harmonie sociale qui se réalise, incarnant une fonction divine dont il est le symbole vivant efficace.
La protection de l’enfance : un devoir sacré et religieux contemporain
Aujourd'hui, cette sacralité se traduit par un engagement fort envers les plus vulnérables au sein de la société togolaise. Depuis toujours, les religions enseignent la dignité inaliénable de chaque être humain, en particulier la vulnérabilité sacrée des enfants. Comme l'affirme l'Imam Agodomou, « la protection des enfants est un commandement sacré commun à toutes nos religions ».
Le programme « Foi et Justice de Genre », qui a engendré le projet « Protéger l’enfance, un devoir sacré », réunit les leaders religieux chrétiens, musulmans et traditionnels. La Révérende Lucie Mensah rappelle d'ailleurs dans ses sermons : « Notre foi nous interpelle à veiller sur l’innocence et à offrir aux filles la lumière du savoir et de la liberté. »
Enjeux de l'éducation et lutte contre le mariage précoce
La réalité sociale montre que le combat pour la dignité passe par l'instruction. Au Togo, le mariage précoce prive encore 19,3% des jeunes filles de leur droit fondamental à une enfance protégée. L’éducation est l’une des voies les plus sûres vers la dignité et l’autonomie, car chaque année supplémentaire de scolarisation réduit de 5% le risque de mariage précoce.
| Indicateur social au Togo |
Statistiques et données |
| Jeunes filles (20-24 ans) victimes de mariage précoce |
19,3% |
| Filles atteignant la fin du premier cycle secondaire |
50% |
| Réduction du risque de mariage précoce par année d'école |
5% |
| Augmentation du revenu futur grâce à l'investissement scolaire |
10 à 20% |
Vers une transformation durable des mentalités
Pour l'avenir, la foi doit être une force libératrice plutôt qu’un obstacle. Le combat est lancé pour bâtir un avenir où chaque fille peut apprendre, rêver, et décider librement de son destin, selon un plan inscrit dans les engagements du Togo en lien avec les Objectifs de Développement Durable, qui ambitionne d’éliminer le mariage des enfants d’ici 2030.