Panorama et principes de l'assurance Takaful
Le document présente une analyse détaillée de l'assurance islamique, ou takaful, soulignant ses principes basés sur la charia, en opposition à l'assurance conventionnelle. L’assurance Takaful est une forme unique d’assurance qui fonctionne sur les principes de coopération et d’assistance mutuelle. Contrairement à l’assurance conventionnelle qui repose sur la notion de transfert de risque, l’assurance Takaful s’ancre dans les principes de solidarité et de responsabilité partagée. Conforme aux principes de la Sharia (Loi Islamique), le terme signifie selon la traduction littérale « couverture conjointe ».
Fondements religieux et éthiques
L'assurance Takaful repose sur des fondements solides dans la Chari’a. On cite souvent un Hadith du Prophète : « Le Prophète (PSL) ayant observé un bédouin laissant un chameau sans l’attacher lui demanda : « Pourquoi n’attaches-tu pas ton chameau ? » Le bédouin répondit, « Je fais confiance en Allah ». Le Prophète lui répondit : "Fais confiance à Allah, mais d'abord attache ton chameau" » (Rapporté par Al Tirmidhi et Ibn Majah).
En 1985, le Conseil du Fiqh Islamique de Jeddah (OCI) a pris des positions claires dans sa résolution 9 (2/9) :
- Le contrat commercial d’assurance avec une prime périodique fixe est prohibé (Haram) selon la Chari’a car il contient des éléments majeurs qui invalident le contrat.
- Le contrat alternatif est le contrat des sociétés d’assurance coopératives, basé sur la charité et la coopération.
- Le Conseil invite les pays islamiques à œuvrer à l’établissement d’institutions d’assurances coopératives pour libérer l’Économie Islamique de l’exploitation.
Divergences avec l'assurance conventionnelle
L’Assurance conventionnelle partage le même objectif de protection des assurés, mais elle contient des éléments importants prohibés en Islam dans son mode opératoire :
- Le Gharar (Incertitude) : La date, l’heure et le montant de la perte sont incertains.
- Le Maysir (Jeux d’argent) : Les assureurs font des paris sur la survenance de perte.
- Le Riba (Intérêt) : Les placements dans des titres portant intérêt sont illicites.
- Haram (Interdit) : Les placements dans des activités interdites comme l'alcool ou le porc.
Par conséquent, l’activité d’assurance ne peut être spéculative, incertaine ou ambiguë. Tout profit sur l’argent sans effort et risque est illicite (Riba). Dans toute transaction, il faut éviter l’incertitude, la fraude et l’injustice.
Mécanismes et modèles de fonctionnement
Tout comme une mutuelle d'assurance, une compagnie Takaful permet de mutualiser les risques et de répartir les pertes éventuelles entre l'ensemble des assurés. Les membres d'une compagnie d'assurance takaful sont à la fois assureurs (« propriétaires » des fonds gérés par la compagnie) et assurés (bénéficiaires en cas de sinistre). Les contrats doivent être sous forme de donation pour l'intérêt mutuel des participants.
Les principaux modèles Takaful
Les modèles se distinguent dans la manière dont les fonds sont partagés entre les assurés et l’opérateur Takaful :
- Le Modèle Wakalah (basé sur les honoraires) : L’Opérateur agit comme un agent, gère les fonds en lieu et place des participants et reçoit des honoraires pour les dépenses d’exploitation.
- Modèle Mudharabah (part bénéficiaire) : L’Opérateur agit comme un Mudarib (entrepreneur) avec les participants comme fournisseurs du capital. Les pertes sont réglées par les participants selon un accord de participation aux bénéfices.
- Wakalah/Mudharabah (Hybride) : Ce modèle utilise la Wakalah pour les activités d’assurance et la Mudharabah pour les bénéfices de placements.
Le tableau ci-dessous récapitule les caractéristiques de l'offre Takaful par rapport au marché :
| Type de Takaful |
Description |
| Takaful en Général |
Assurance en général ou non-vie. |
| Takaful Famille |
Assurance-vie et retraites. |
Marché et perspectives
Le marché a vu le jour au Soudan en 1979 et connaît une croissance annuelle de 15-20%. Le plus grand marché se situe dans le GCC (Conseil de coopération du Golfe) et en Asie du Sud-Est. En Afrique, les plus grands marchés se trouvent au Soudan, en Égypte, en Tunisie, en Algérie et au Sénégal. L'essor de ce marché s'explique par une conscience accrue et le besoin d'augmenter les produits conformément au financement de la Sharia pour promouvoir un système financier durable.