Est-ce que la cryptomonnaie est licite pour les musulmans ?
Vous avez sûrement entendu parler de la cryptomonnaie mais est-ce bien licite pour les musulmans ? On parle beaucoup des cryptomonnaies surtout lorsque le bitcoin atteint des sommets comme ce fut le cas en mars 2024. Le sujet fascine particulièrement nos plus jeunes en leur faisant miroiter des profits mirobolants. Pour avoir un avis objectif sur la licéité des cryptomonnaies, on va d’abord définir de façon simple ce que sont les cryptomonnaies, pourquoi elles sont si convoitées et explorer les différents avis de nos savants.
Qu’est-ce qu’une cryptomonnaie ?
Le sujet de la cryptomonnaie est quand même relativement récent, il date de 2008 lorsque Satoshi Nakamoto publie un livre blanc qui annonce la création du bitcoin : la première monnaie électronique décentralisée. Bitcoin repose sur un protocole informatique qui permet d’effectuer des paiements en ligne directement d’un individu à un autre sans passer par une institution financière. C’est la technologie de la blockchain qui va notamment permettre de se passer d’intermédiaires entre les individus, les transactions et leur historique étant inscrits au sein d’un registre numérique ouvert et consultable par tous. En résumé, une cryptomonnaie est un actif numérique virtuel qui utilise la cryptographie et qui fait partie d’un écosystème basé sur la technologie blockchain.
Actif financier ou arnaque ?
Le sujet intéresse surtout les investisseurs qui voient dans les cryptomonnaies des actifs financiers où ils peuvent investir pour tirer un maximum de profit. Cependant, les projets à base de cryptomonnaie se sont multipliés et les arnaques aussi. Selon un rapport récent, les activités illicites sur le marché des cryptomonnaies représentaient encore 24,2 milliards de dollars en 2023. Cette connaissance vous permettra de ne pas tomber dans des arnaques ou sur des projets de « shitcoins », terme péjoratif qui désigne les cryptomonnaies qui n’ont aucune utilité immédiate autre que spéculer. Le musulman a une grande responsabilité envers son argent, il devra rendre des comptes sur la façon dont il l’a gagné et la façon dont il l’a dépensé. Le fait de miser sur des projets douteux sur ce marché ne fait pas partie de l’éthique musulmane.
Qu’en disent nos savants ?
Tout d’abord, rappelons que la finance islamique relève de la jurisprudence du “ fiqh al-muāmalāt“ (Droit des contrats ou transactions) où la règle est que “tout est autorisé sauf ce qui est explicitement interdit”. Il n’y a pas de consensus clair sur cette question mais trois avis ont émergé :
- Le bitcoin ou les cryptomonnaies sont des sujets trop récents, il faut s’en éloigner pour l’instant ;
- Le bitcoin est illicite avec plusieurs arguments : c’est virtuel, trop volatile, il n’y a pas de gouvernement derrière, il finance des activités illicites ;
- Le bitcoin est une monnaie numérique ou moyen de paiement licite.
Des positions d’interdiction : Bitcoin haram
Mufti Shawqi Allam (Grand Mufti d’Égypte) considère le Bitcoin comme non conforme à la charia, car il n’est pas reconnu comme monnaie légale et il favorise la fraude, la spéculation, et l’évasion fiscale. Pour lui, le Bitcoin est haram, car il manque de transparence, de régulation et de sécurité. De même, Cheikh Assim Al Hakeem voit dans le Bitcoin un instrument purement spéculatif et conclut sans ambiguïté que le Bitcoin est haram à tous les niveaux. Enfin, Shaykh Haitham al-Haddad souligne que le Bitcoin n’est adossé à aucune valeur réelle ni autorité centrale et est créé “à partir de rien”, ce qui est contraire aux principes monétaires islamiques.
Des positions de licéité ou de prudence
Dr Mohd Daud Bakar considère le Bitcoin comme licite (halal) en tant qu’actif et non comme une monnaie car il estime qu'il répond aux critères de “maal” (bien licite). Mufti Faraz Adam n’émet pas de fatwa claire mais offre une analyse rigoureuse : il ne considère pas le Bitcoin comme haram, précisant qu'il est maal (un bien stockable) et qu'il a du taqawwam (non contraire à la loi islamique). En revanche, Dr. Salah Al Sawy et Moustapha Umar considèrent que le Bitcoin n’est pas haram, mais il est makruh (déconseillé) dans l’état actuel à cause de sa volatilité extrême.
Cas particuliers et certifications
La finance islamique connaît une forte progression dans le monde et ce secteur attire de nombreuses entreprises. Par exemple, Stellar, un protocole décentralisé dont l’ambition est d’améliorer les flux financiers internationaux, a obtenu la certification halal à Bahreïn. La fondation en charge de son développement a annoncé avoir reçu l’agrément du Shariyah Review Bureau, une société de conseil spécialisée dans la finance islamique. Même à Dubai, ils ont fait leurs propre crypto monnaie l’Islamic Coin. Cependant, certains pays restent prudents, comme le Maroc où l’Office national des changes a interdit les transactions sur son sol, considérant qu'il s'agit d'un système de paiement occulte.
| Savant / Institution | Position | Principaux arguments |
|---|
| Mufti Shawqi Allam | Haram | Manque de transparence, fraude, pas de monnaie légale. |
| Cheikh Assim Al Hakeem | Haram | Instrument spéculatif, gains rapides, sans soutien étatique. |
| Shaykh Haitham al-Haddad | Haram | Créé à partir de rien, aucune valeur réelle adossée. |
| Dr Mohd Daud Bakar | Halal | Répond aux critères de « maal » (bien licite). |
| Dr. Salah Al Sawy | Makruh | Volatilité extrême, absence d'autorité centrale. |
| Mufti Faraz Adam | Pas Haram | Bien réel, stockable et récupérable (maal). |
| Stellar (XLM) | Halal | Certifié par le Shariyah Review Bureau à Bahreïn. |