Le cimetière musulman de Bobigny : histoire, patrimoine et rites funéraires
Le cimetière musulman de Bobigny (Seine-Saint-Denis, France) est, avec celui de Strasbourg, l'unique cimetière entièrement réservé aux défunts musulmans de France métropolitaine. Inauguré le 12 février 1937, il abrite un carré militaire. Avec la Grande mosquée de Paris et l'hôpital franco-musulman, le cimetière fait partie des réalisations effectuées en hommage au sacrifice des milliers de soldats coloniaux mobilisés pendant la Première Guerre mondiale, mais aussi comme gage donné aux populations coloniales.
Un patrimoine protégé et architectural
Conçu par l'architecte Édouard Crevel, le cimetière comprend un ensemble bâti composé d’un porche, d’une cour, d’un logement, d’un lieu d’accueil et d’une salle de prière. Le monumental porche néo-mauresque du cimetière se situe au bout de la Rue Arago. Le porche d'entrée avec les deux pavillons — bureau et pavillon de l'imam —, la mosquée, le sol de la parcelle qui leur correspond et le carré militaire font l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis le 25 janvier 2006. Les quatre hectares du cimetière furent installés sur d’anciennes cultures maraîchères, sur le lieu-dit de « la Haute Borne ».
Sépultures et personnalités
Le Cimetière recouvre de nombreuses aires géographiques et différents courants de l’Islam. On y trouve des tombes de personnalités marquantes :
- Boughera El Ouafi (1899-1959) : originaire du Constantinois en Algérie, médaille d’or d’athlétisme en 1928 aux Jeux Olympiques d’Amsterdam.
- Abou-alghasem Khajeh Noori : Khan perse, surnommé Amir Mosadegh, un des descendants du chancelier de Nasser la-din Shah.
- Tapa Tchermoeff : fondateur de la République Montagnarde du Nord Caucase en 1918.
- Sépulture d’un commerçant chiite ismaélien venant de l’Océan Indien et originaire du Gujarat en Inde.
Les rites de l'enterrement musulman
Un enterrement érigé par l’Islam présente des rites et coutumes spécifiques. Quand intervient un décès au sein de la communauté musulmane, purifier le corps du défunt constitue la première des priorités. La toilette funéraire doit être réalisée par une personne maîtrisant le rituel. Une fois le corps lavé à trois reprises avec le visage orienté vers La Mecque, il est essuyé puis enveloppé d’un linceul blanc.
La prière funéraire est brève. Récitée par l’Imam, elle se déroule debout en quatre unités de prière et n’est accompagnée d’aucune prosternation, ni inclination. Quant à l’inhumation, elle doit intervenir au plus tard dans les 48 heures suivant le décès. La crémation est interdite car elle ne respecte pas la sacralité du corps selon le texte coranique.
Enjeux actuels et saturation des carrés confessionnels
Le manque de carrés confessionnels musulmans dans les cimetières municipaux est devenu criant à cause de la pandémie. En France, il existe peu de carrés musulmans, entre trois et quatre cents, selon les estimations les plus fiables. La pratique du rapatriement demeure majoritaire et concerne environ 80 % des décès. Cependant, pour les deuxième ou troisième générations, qui ont vécu et construit leur vie en France, se faire inhumer ici participe de l’intégration.
| Événement / Lieu |
Détails et dates clés |
| Inauguration du cimetière de Bobigny |
12 février 1937 |
| Inscription aux monuments historiques |
25 janvier 2006 |
| Ouverture du carré musulman de Thiais |
1957 |
| Nombre de sépultures à Thiais (2007) |
Près de 20 000 |