Pèlerinage à la Mecque: les morts révèlent le casse-tête saoudien
Le pèlerinage à la Mecque a tourné au drame cette année : les chaleurs extrêmes et l’explosion du nombre de clandestins ont débouché sur un scénario de cauchemar. Au moins 1081 pèlerins ont péri cette semaine à La Mecque, où des températures de 51,8 °C ont été atteintes au cours des traditionnels rituels du hadj entre vendredi et mercredi. À vrai dire, l’ampleur réelle de la tragédie n’était pas encore connue ce jeudi, car l’estimation de l’Agence France Presse réunit les bilans mortels annoncés par différents pays d’origine des victimes.
Un bilan humain tragique lié au climat
Ils sont morts de chaud, littéralement. Les deux tiers des victimes cette année sont des Égyptiens, voisins de l’Arabie saoudite. Ce n’est évidemment pas la première fois qu’un sort funeste attend certains des pèlerins, qui étaient au nombre de 1,8 million cette année. À l’échelle mondiale, au cours des cinquante dernières années, plus de 9000 personnes ont trouvé la mort lors de rassemblements religieux de masse, dont plus de 5000 lors du hadj en Arabie saoudite.
Le problème majeur des pèlerins clandestins
Le vrai problème, c’est l’explosion du nombre de fidèles venus clandestinement sans visa pour le hadj. Le prix élevé du visa pour le hadj – entre 7000 et 12 000 euros – est devenu prohibitif pour beaucoup de fidèles, qui tentent alors d’entrer en Arabie saoudite discrètement comme de simples touristes. Ces dizaines de milliers de pèlerins, souvent âgés, n’ont pas accès à certaines des mesures sanitaires et aux espaces de repos climatisés.
Par ailleurs, chaque pays dispose d’un quota de pèlerins qu’il peut envoyer, calculé en proportion de sa population musulmane. Pour l’Algérie par exemple, il s’agit environ de 30 000 personnes pour 45 millions d’habitants. Cette évolution vers la clandestinité est de plus en plus marquée depuis 2019, année où le royaume wahhabite a introduit le visa de tourisme.
Investissements massifs et défis de sécurité
Paradoxalement, les Saoudiens ont énormément investi ces dernières années pour sécuriser le pèlerinage. Les grands travaux entrepris pour éviter les bousculades mortelles, comme celle de 2015 qui fit 2400 victimes, ont clairement porté leurs fruits. Le royaume a mobilisé des moyens techniques importants pour faire face au nouveau défi des chaleurs extrêmes :
- Revêtement blanc appliqué sur l’asphalte pour éviter de retenir la chaleur ;
- Gigantesques brumisateurs de part et d’autre de la route ;
- Distribution de bouteilles d’eau et air conditionné dans les espaces de repos.
Enjeux géopolitiques et leadership religieux
Le hadj est l’un des cinq piliers de l’islam, et chacun est tenu de l’effectuer au moins une fois dans sa vie s’il en a les moyens physiques et financiers. Aujourd’hui, ce rendez-vous ultramédiatisé sur les réseaux sociaux exerce une attraction certaine sur les foules de croyants. Dans cette région où théologie et politique sont étroitement liées, les migrations annuelles vers les cœurs confessionnels sont des enjeux de puissance.
L’Arabie saoudite et l’Iran s’affrontent dans une lutte d’influence pour le leadership régional. Par exemple, lors du grave accident de 2015, Téhéran avait utilisé ce drame pour accuser l’Arabie Saoudite d’incompétence organisationnelle et nuire à son leadership religieux. L’influence régionale passe donc, irrémédiablement, par le religieux en ce qui concerne le Moyen-Orient.
Tableau des bilans historiques et récents du Hadj
| Événement / Période |
Nombre de pèlerins |
Bilan des victimes |
| Hadj 2024 (Chaleur) |
1,8 million |
1081 morts (estimation) |
| Hadj 2015 (Bousculade) |
- |
2400 victimes |
| 50 dernières années |
- |
Plus de 5000 morts au Hadj |