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Radio Orientale à Marseille: Histoire et Évolution
L'histoire des radios orientales à Marseille est riche et complexe, marquée par des évolutions significatives et des engagements communautaires forts. Cet article explore le parcours de ces radios, de leurs origines à leur rôle actuel dans la communauté.

Le Vieux-Port de Marseille illuminé la nuit.
Les Débuts des Radios Communautaires
Les radios dites « communautaires » constituent un champ social de communication qui nous ouvre une perspective interne sur l’attribution dynamique de sens à la notion de « communauté ». Elles ont toutes été fondées au début des années quatre-vingts avec la libéralisation des ondes et le changement de la loi 1901 qui réinstaurait le droit d’association des étrangers en 1981. Ces changements ont permis la légalisation d’un phénomène qui se développait depuis plusieurs années sous une forme illégale.
Radio Gazelle: Un Exemple Pionnier
Au tout début, il s’agit d’une "radio-pirate". La démarche de ces jeunes s’explique par "une volonté politique de prendre la parole, d’informer leur communauté et de veiller au respect de ses droits". C'est l'Association Rencontre et Amitié (ARA), présidée par Saïd BOUKENOUCHE qui est à l'origine de Radio Gazelle. Kira AIT ABBAS est la première présidente de Radio Gazelle.
Dans un premier temps, cette station de radio est essentiellement de culture maghrébine. Elle s’ouvre progressivement aux autres minorités culturelles du quartier. Cette ouverture fait l’objet de nombreux débats et de nombreuses réticences. Mais ses animateurs trouvent de plus en plus difficile que cette radio se batte pour l’égalité des droits et une France pluraliste tout en restant enfermée sur sa seule communauté.
Cette station diffuse en treize langues : arabe maghrébin, arabe oriental, français, espagnol, portugais, italien, grec, comorien, malgache, kabyle, wolof, créole et arménien. Les émissions sont très variées : information, culture, sport, jeux, humour, musique de tous les pays. Une place importante est accordée aux tribunes téléphoniques pour permettre à chacun de s’exprimer.
Bien que Radio-Gazelle n’ait pas vocation religieuse, elle offre à ses auditeurs des émissions spécifiques lors du ramadan. Sur cette période, le taux d’écoute est multiplié par cinq. Un comité de soutien se met en place et la radio obtient du Conseil d'Etat l'annulation de la décision du CSA. Par ailleurs, elle est confrontée à de multiples actions juridiques.
En septembre 2021, Mustapha ZERGOUR est condamné par le tribunal correctionnel de Marseille à deux ans de prison avec sursis assortis d'une interdiction de gérer une activité en lien avec l'audiovisuel. Il est reconnu coupable d'abus de confiance et d'escroquerie. En octobre 2023, Radio Gazelle cesse d'émettre. Mi-novembre 2023, l'association communique dans la presse locale sur son retour en janvier 2024 avec un nouveau nom, JAAM, pour Jeunes Artistes d'Afrique et de Méditerranée.
Diversité des Radios Communautaires à Marseille
Plusieurs radios communautaires ont marqué le paysage médiatique marseillais, chacune avec sa propre identité et mission :
- Radio Gazelle : Se présente comme la radio « multi-communautaire » de Marseille. Ses émissions s’orientent en grande partie vers un public arabophone et musulman, et, dans une moindre mesure vers un public d’origine africaine, sud-américaine, caraïbe et asiatique. Durant l’enquête, les émissions à caractère arabo-musulman étaient regroupées les jours de semaine et les autres émissions concentrées le week-end.
- Radio Galère : Se définit dans sa charte comme « authentiquement associatif, libre, indépendant et interculturel ».
- Radio JM (Juive de Marseille) : Ses émissions varient entre musique, discussions, actualités et reportages sur Marseille et Israël. Le vendredi est consacré à une série d’émissions à caractère religieux qui préparent le Shabbat.
- Radio Diva : Est la radio italienne de Marseille, ce qui s’exprime à travers ses émissions bilingues franco-italiennes, et sa musique italienne.
Méthodologie de Recherche
L’étude est basée sur une enquête de terrain conduite à Marseille entre le 10 janvier et le 30 juin 2000. Les méthodes utilisées ont été les entretiens qualitatifs, l’observation participante dans les studios et l’enregistrement et la transcription de nombreuses émissions. Les entretiens ont été menés avec 33 animateurs et 15 auditeurs. Le choix de l’entretien ouvert semi-structuré, basé sur un guide préalablement élaboré, a permis de saisir des aspects imprévus de la problématique. Afin d’attribuer une dimension dynamique aux données, chaque informateur a été interviewé au moins deux fois.

Un studio de radio moderne.
La Langue comme Identité et Participation
Quels sont les rapports entre « communauté » et langue ; « communauté » et musique ? Dans l’analyse, nous allons distinguer trois aspects différents de la langue parlée telle qu’elle apparaît dans les émissions : la langue comme compétence sociale, la langue comme moyen de participation et la langue en tant que discours.
Les échanges linguistiques et les énoncés ne transmettent pas uniquement un contenu sémantique, ils exposent aussi une compétence sociale (Bourdieu, 1982). Dans ce sens, les caractéristiques phoniques linguistiques font partie de la construction sociale de l’identité individuelle et collective.
La langue parlée constitue un mécanisme concret d’inclusion/exclusion par rapport à un champ social. Les émissions bilingues permettent aux auditeurs qui ne possèdent pas un bon niveau de français de suivre le programme. Le bilinguisme a cependant une signification qui va au-delà de cet aspect purement « technique ». La langue ne constitue pas seulement un « support » pour la communication ; comme nous l’avons évoqué ci-dessus elle implique et expose certaines compétences sociales.
Vues dans cette perspective, les émissions bilingues, l’utilisation de certains mots dans les langues d’origine et une prononciation non conforme (l’accent) de nombreux animateurs véhiculent une identité collective. En même temps le français est largement utilisé. Enfin, la radio, en tant que média, semble structurer le rythme et le style linguistique au-delà des différences de langue : un ton monologique, sérieux pour la présentation d’actualités, une forme dialogique partiellement simulée pour les émissions de jeunesse. Les émissions créent ainsi une expression linguistique particulière qui mélange les éléments symboliquement légitimes et les éléments qui sont symboliquement dévalorisés dans d’autres médias français.
Participation et Liens Transnationaux
Une partie importante de la communication concerne les pays d’origine des auditeurs, soit dans le cas de Radio JM : Israël. À travers la transmission et la rédaction d’actualités, les radios s’inscrivent dans un espace transnational où les « diasporas » à Marseille participent activement à la vie politique dans les pays d’origine.
Cette forme de participation n’est pas inconnue par les différentes autorités politiques des pays en question. Dans certains cas, les radios font l’objet d’interventions de nature stratégique de la part des acteurs politiques étrangers. Les liens transnationaux et religieux sont à la base des pratiques locales comme le commerce de viande halal et kacher et la création d’associations comoriennes, italiennes, juives...
Radio Monte Carlo Doualiya (MCD)
Monte Carlo Doualiya (MCD), anciennement RMC Moyen-Orient, est une station de radio publique française arabophone à destination du monde arabe, créée en 1972. MCD propose des rendez-vous d’information et des magazines, avec une large place accordée à la culture, privilégiant le direct, la convivialité et l’interactivité. Sa rédaction et son réseau de correspondants sur les cinq continents offrent une couverture mondiale de l’actualité à 9,8 millions d’auditeurs mesurés chaque semaine.
Musique et Culture à Belsunce
Le quartier de Belsunce est principalement connu comme le comptoir commercial maghrébin, centre névralgique de l’économie du centre de ville de Marseille. Mais il occupe aussi une place importante de production et de distribution musicale. Déjà à partir des années 1920 de nombreux musiciens, principalement originaires d’Algérie, du Maroc et de Tunisie, se sont installés dans le quartier, apportant avec eux leur riche patrimoine musical.
À l’instar des cabarets marseillais de la Belle Époque, la cité phocéenne a été le berceau de l’essor des cabarets dits « orientaux » dès les années 60, offrant une opportunité de découverte des artistes du « Levant » et de « Barbarie », tout en contribuant au développement d’une industrie discographique et de café-concert.
Radios Juives à Marseille
Radio JM (90.5 FM) est une radio associative créée en 1982 à Marseille. L’Association des Radios Juives : Les radios juives se réunissent régulièrement dans le cadre de l’ARJ (Association des Radios Juives).
| Radio Juive | Fréquence | Description |
|---|---|---|
| Radio JM | 90.5 FM | Radio associative créée en 1982 à Marseille |